Histoire du théâtre

Théâtre au XIXe siècle

Notes par Pawel Hladki

  1. Introduction: vers les formules nouvelles :

Si la tragédie réjouit au début du XIXe siècle d’une relative popularité alimentée surtout par des grands acteurs, tels Talma, Mlle George, Mlle Mars, l’évolution sociale entraînée par la Révolution de 1789 et surtout l’avènement du romantisme font naître de nouvelles formes théâtrales.

  1. LE MÉLODRAME :

a)    c’est à la fin du XVIIIe siècle qu’un genre nouveau, le mélodrame, commence à s’emparer du théâtre du boulevard et du public sutrout après la Révolution.

b)   GUILBERT DE PIXÉRÉCOURT :

–      le maître et le théoricien du genre

–      entre 1797 et 1835, il a plus de cent mélodrames

–      son mélodrame le plus connu : Cœlina ou l’Enfant du Mystère, 1800

c)    particularité du mélodrame :

–       recours aux moyens simples qui procurent des émotions fortes au public populaire

–       il néglige la psychologie pour donner la priorité à l’intrigue et au spectacle (jeux de scène, costume et décor)

–       typisation des personnages :

  • un traître odieux

  • une victime vertueuse

  • un jeune premier beau et héroïque

  • un personnage grotesque, niais ou poltron

–       l’émotion est portée à son comble grâce à l’opposition entre le pathétique et le bouffon

d)   mélodrame, genre littérairement parlant médiocre, influencera le drame romantique

  1. THÉORIES DU DRAME :

a)    c’est la Préface de Cromwell (1827) de Victor Hugo qui théorise le drame romantique

b)   ce manifeste illustre un long processus de théorisation de ce genre qu’a connu le premier quart du XIXe siècle

c)    ce processus est commencé surtout par une connaissance plus large des œuvres de Shakespeare et des pièces romantiques germanophones connues grâce à des immigrés allemands.

d)   Cela permet de remettre en question les règles du théâtre classique chères aux littéraires français

e)    Le rôle de traductions précédées par d’importantes préfaces :

  • Wallenstein de Schiller par Benjamin Constant (1808)

  • Traduction de Shakespeare par Guizot (1821)

  • Shakespeare est joué deux fois par une troupe anglaise – mal accueillis en 1822, ils triomphent cinq ans plus tard (1827)

    • Ce sont surtout, publiés entre temps, les essais sur Shakespeare qui ont permis au public parisien de comprendre l’auteur anglais :

–       Cours de littérature dramatique de Schlegel (traduit en 1814)

–       Racine et Shakespeare de Stendhal (1823-1825)

Racine et Shakespeare de Stendhal :

a)    Stendhal souligne la nécessité pour toute œuvre dramatique de plaire au public contemporain ce qui constitue pour lui la définition même du romantisme :

« Le romanticisme est l’art de présenter aux peuples les œuvres littéraires qui, dans l’état actuel de leurs habitudes et leurs croyances, sont susceptibles de leur donner le plus de plaisir possible. »

  • le mot romanticisme vient de l’italien et désigne un renouvellement littéraire lié au courant politique libéral

b)   D’après Stendhal, Racine et Shakespeare sont des romantiques dans le sens où ils ont donné à leurs publics le spectacle réclamé

c)    Racine n’intéresse les gens du XIXe siècle que par l’analyse psychologique de ses personnages qui n’équivaut pourtant pas à

d)   Shakespeare au contraire

  • offre l’exemple d’un théâtre qui n’est pas prisonnier de conventions classiques

  • les modernes ont intérêt à « marcher sur ces traces » pour plaire à leur contemporains

e)    « le combat à mort est entre le système tragique de Racine et celui de Shakespeare

f)     « Le romanticisme appliqué au genre tragique, c’est une tragédie en prose qui dure plusieurs mois et se passe en divers lieux »

g)    les idées de Stendhal seront appliquées par le théâtre de Mérimée, puis par le drame d’Alexandre Dumas Henri III et sa cour

5.    Cromwell (1827) de Victor Hugo :

a)    La Préface du drame constitue le manifeste du drame romantique

b)   Hugo distingue trois âges de l’humanité :

  • « les temps primitifs sont lyriques »

  • « les temps antiques sont épiques »

  • « les temps modernes sont dramatiques »

c)    c’est l’idée de l’HOMME DOUBLE qui est à l’origine du drame ce qui semble justifier le mélange de genres

d)   puisque dans la nature le laid existe à côté du beau, vouloir distinguer le grotesque au sublime est une idée abstraite qui trahit le réel

e)    le drame romantique doit donc embrasser tous les genres

f)     Victor Hugo s’oppose à l’unité de lieu et celle de temps :

  • L’unité de lieu est selon lui invraisemblable

  • Cette règle conduit le drame à un être plus un compte rendu des événements qui se passent en dehors de la scène qu’une mise en scène de ces événements

  • « Toute l’action a sa durée propre comme son lieu particulier »

  • encadrer une action en 24h est absurde, car les changements psychologiques se font en plus de temps (Othello)

g)    l’unité d’action est « la seule admise parce qu’elle résulte d’un fait : l’œil ni l’esprit humain ne sauraient saisir plus d’un ensemble à la fois »

  • Hugo cherche pourtant à assouplir cette règle en l’appelant l’unité d’ensemble

h)   le manifeste hugolien n’est pourtant pas celui du réalisme

  • Hugo insiste sur « la limite infranchissable qui sépare la réalité selon l’art de la réalité selon la nature »

  • « le drame est un miroir où se réfléchit la nature », mais c’est « un miroir de concentration », « un point d’optique »

  • puisque le drame reste toujours une production littéraire, Hugo se prononce pour un drame en vers ce qui l’oppose à la plupart des théoriciens romantique

  • cependant Hugo n’est pas toujours fidèle à cette règle et il écrit également des drames en prose :

–       Lucrèce Borgia (1833)

–       Marie Tudor (1833)

–       Angelo (1835)

Le théâtre de Victor Hugo:

a)    ses pièces les plus réussies sont en vers :

–       Cromwell (1827)

–       Hernani (1830)

–       Marion de Lorme (1831)

–       Ruy Blas (1838)

–       Les Burgraves (1843)

b)   les drames en prose marquent aussi un recul par rapport au mélange des genres :

  • ils sont uniformément sombres – moins d’éléments comiques que ceux en vers

  • c’est Ruy Blas qui est imprégné le plus par le mélange de genre

c)    l’action :

  • est chargée d’événements

  • parfois invraisemblables

  • c’est le hasard qui joue un rôle décisif  au point de donner l’impression que les héros n’adhèrent pas à leur destinée

d)   les personnages :

  • une manifeste opposition qui repartit souvent les personnages entre les bons et les mauvais caractères

  • emparés de passions

  • l’auteur ne s’occupe pas tellement de leur analyse psychologique à la Racine

e)    poésie :

  • le lyrisme est incontestablement un trait caractéristique du théâtre hugolien qui semble combler les imperfections de l’action

f)     La bataille d’Hernani (encyclopédie Larousse) – Pressentant un climat hostile, les amis de Hugo décident d’aller soutenir la pièce le premier soir pour s’opposer aux tenants d’un théâtre traditionnel. À la tête de ce mouvement se trouve Théophile Gautier. Il est accompagné de Balzac, Nerval, Berlioz… Leur groupe a fort à faire dès le début de la représentation. L’œuvre surprend par l’audace des situations, l’exaltation d’un amour impossible, la dénonciation d’un pouvoir sclérosé et par ses vers acrobatiques. Les acteurs jouent devant une salle houleuse où la violence d’un clan domine l’exubérance du clan adverse ; mais les partisans du romantisme finissent par l’emporter, à partir du quatrième acte, situé dans le tombeau de Charlemagne à Aix-la-Chapelle. C’est un triomphe, mais le vacarme se poursuivra pendant les représentations suivantes.

g)    Hernani (1830), résumé (source : Lagarde et Michard) :

À Saragosse, dans la chambre de Dona Sol, la nuit, se rencontrent trois hommes épris de la même fille : le roi d’Espagne Don Carlos, le proscrit Hernani qui s’est révolté contre le roi pour venger son père, et le vieux Gon Ruy Gomez de Silva, oncle de Dona Sol. Celle-ci aime Hernani et s’apprête à le suivre. Mais l’enlèvement échoue et Hernani doit regagner ses montagnes. Traqué par ses troupes royales, il se réfugie au château de Don Ruy Gomez, qui se dispose à épouser sa nièce. Surprenant le proscrit avec Dona Sol, le vieillard laisse éclater sa fureur ; mais il refuse au roi de lui livrer un hôte, fût-il un rival. Il ne déshonorera point, par une telle infamie, ses ancêtres dont les portraits ornent la salle. Don Carlos emmène Dona Sol comme otage. Cependant Hernani promet à son sauveur de mourir dès qu’il l’exigera : le signal sera le son du cor qu’il lui remet.

À Aix-la-Chapelle, près du tombeau du Charlemagne, Don Carlos attend le résultat de l’élection de l’Empire ; il médite sur le destin du monde dominé par « ces deux moitiés de Dieu, le Pape et l’Empereur ». Dans l’ombre, un complot se trame contre lui : les chefs sont Ruy Gomez et Hernani. Don Calos est élu : le voici Charles Quint ; alors il pardonne aux conjurés arrêtés par sa garde ; à Hernani, redevenu Don Juan d’Aragon, il accorde la main de Dona Sol. Hernani épouse donc celle qu’il aime : tous deux goûtent un instant de bonheur ineffable, mais le son du cor retentit : le vieillard inexplorable vient réclamer sa proie. Dona Sol arrache le poison à Hernani et boit avant lui ; tous deux expirent et Ruy Gomez se tue à son tour.

Le théâtre d’Alfred MUSSET :

a)    après l’échec de La Nuit Vénicienne (1830), Musset publie Un spectacle dans un fauteuil (1833 et 1834), puis Comédie et Proverbes qui réunissent des pièces affranchies de toute convention du genre ; dès lors Musset donne à son imagination un libre cours : l’action se tient dans plusieurs lieux présentant parfois  des scènes qui durent à peine quelques minutes

b)   Lorenzaccio (1834) est un drame romantique par excellence qui correspond le mieux à la conception de Stendhal

  • À travers ses 39 tableaux – sites célèbres, jardins, rues, églises, palais – s’agite une profusion de personnages de tous milieux avec leurs passions mesquines ou leurs aspirations élévées

  • Étude psychologique de Lorenzo – autrefois si pur tombé dans la débauche – l’un des héros les plus vivants et les plus complexe du théâtre français

c)    Lorenzaccio (1838), résumé :

L’action se passe à Florence en janvier 1537. Le patricien florentin Lorenzino de Médicis (ne pas confondre avec Laurent le Magnifique), âgé de dix-neuf ans, jeune homme studieux, admirateur des héros de l’Antiquité latine et grecque, se voue à la restauration de la République. Tâche difficile : son lointain cousin, le duc Alexandre de Médicis (1510-1537), règne sur Florence en tyran avec l’appui du Saint-Empire et du pape ; une garnison allemande assure sa protection ; le cardinal Cibo, qui défend à la fois les intérêts de Charles Quint et ceux du pontife romain, est son plus ferme soutien. Lorenzo devient fidèle serviteur du duc, son familier ainsi que son compagnon de débauche, afin de pouvoir libérer Florence de ce tyran : il projette de le tuer, soulignant la passivité et la lâcheté des grandes familles républicaines face à leur devoir. Les républicains ne réussiront d’ailleurs pas à prendre le pouvoir après la mort du Duc. L’échec de l’acte de Lorenzo semblait prédestiné : en effet Lorenzo agit seul et personne n’a le courage de le croire et de se servir de son acte comme d’un tremplin pour instaurer une République. Le personnage éponyme sera assassiné par un homme quelque temps seulement après avoir tué le Duc car sa tête avait été mise à prix.

d)    les comédies :

  • les comédies de Musset représentent une gamme très variée de pièces

  • l’un de thèmes principaux : la double nature de l’homme

  • les pièces sont le plus souvent concentrées autour du thème de l’amour

e)     On ne badine pas avec l’amour (1834) :

La pièce se déroule au château du Baron et a pour principaux personnages Camille, sa nièce, une jeune fille de 18 ans qui sort du couvent, et son fils de 21 ans, Perdican, récemment titulaire d’un doctorat. Les deux jeunes gens se retrouvent après dix ans de séparation dans ce château si cher à leurs cœurs, où ils ont grandi, joué, et où ils se sont aimés. Le Baron projette de marier les deux cousins.

Perdican et Camille s’aiment depuis toujours, mais cette dernière, endoctrinée par les sœurs du couvent toutes victimes d’amours malheureuses, a appris à ne pas avoir confiance en les hommes. Elle a donc pris la décision d’y retourner et de vouer sa vie à Dieu.

Camille continue malgré tout de cacher ses sentiments pour Perdican, par pur orgueil. Elle envoie donc une lettre à Louise, une religieuse de son couvent qui l’a fortement influencée par l’exemple de ses propres malheurs pour la dissuader de quitter ce lieu où elle « est en sécurité », lettre où elle explique qu’elle a tout fait pour se faire détester de Perdican, et où elle affirme que ce dernier est au désespoir à cause de son refus de mariage.

Au cours d’une dispute entre Dame Pluche et Maître Blazius, Perdican tombe sur cette lettre. Touché dans son amour-propre, il laisse l’orgueil et la vanité le dominer, et décide de la détromper en séduisant Rosette, une jeune paysanne, sœur de lait de Camille, espérant ainsi rendre sa cousine jalouse, lui donnant rendez-vous afin qu’elle assiste à la scène.

Mais Camille apprend par Dame Pluche que Perdican avait lu sa lettre, et comprend ainsi son comportement. Par vengeance, elle affirme à Rosette que Perdican se moque d’elle. Rosette s’aperçoit de la méprise et perd connaissance. Camille et Perdican s’avouent finalement leur amour dans la dernière scène, mais Rosette, qui les observait en cachette, ne supporte pas cette désillusion et meurt d’émotion : « Elle est morte ! Adieu, Perdican ! », conclut Camille. Ils se quittent à jamais.

Le théâtre d’Alfred Vigny (1797-1863)

a)     Alfred de Vigny a commencé par l’adoption de Shakespeare – Othello (1829)

b)    il s’essaie ensuite, sans grand succès, au drame historique – Le Maréchal d’Ancre (1831)

c)     Chatterton (1835) est un triomphe :

  • C’est un drame en trois actes

  • en prose

  • tiré d’une de trois nouvelles de Stello (1832)

  • dans la Préface du Chatterton Vigny critique le drame romantique, en l’opposant  à sa conception théâtrale qu’il appelle : « DRAME DE LA PENSÉE »

  • « J’ai voulu montrer l’homme spiritualiste étouffé par la société matérialiste où le calculateur avare exploite sans pitié l’intelligence et le travail. »

  • pour corroborer sa thèse, Vigny n’hésite pas par ailleurs à changer la vérité historique, en modifiant le caractère de certains personnages

  • Vigny demande que la société prenne en charge le petit nombre de poètes qui donnent des preuves de leur génie

d)    Chatterton – résumé :

Acte 1. John Bell ou la dureté des puissants. John Bell, riche industriel de Londres, est un patron autoritaire et un époux tyrannique : il refuse de reprendre un ouvrier qui s’est rompu le bras dans une de ses machines et brusque sa femme, la mélancolique et douce Kitty, pour une erreur relevée dans son livre de comptes. Chatterton, un jeune poète sans fortune, a loué chez lui une modeste chambre; il s’entretient avec son ami le quaker, un familier de la maison, et, dans une profession de foi, oppose au matérialisme prosaïque de John Bell son idéalisme exalté. Il souffre de se sentir incompris et envisage le suicide comme une délivrance. Acte II. Kitty Bell ou la pitié de la femme. Au cours d’une promenade avec le quaker, Chatterton a croisé Lord Talbot et quelques jeunes nobles, ses anciens compagnons d’Oxford. Les voici justement chez John Bel : Lord Talbot signale la noble origine de son locataire, le bruit qu’a fait la publication de ses poèmes ; il ajoute des allusions impertinentes à l’intimité qu’il croit deviner entre le jeune poète et la femme de son hôte. Après le départ des visiteurs, Kitty Bell se plaint au quaker de leur attitude et lui avoue que la vue de Chatterton suffit à l’émouvoir. Le quaker lui révèle le mal qui ronge le jeune homme. Chatterton, cependant, s’est résolu à écrire une lettre au lord-maire pour obtenir un emploi ; il attend anxieusement la réponse. Acte III. Chatterton ou la misère du génie. Chatterton, seul dans sa chambre froide médite et écrit. Il se lance dans une diatribe contre la société qui oblige le poète à quémander des emplois. Au moment où il va avaler de l’opium, le quaker l’arrête et lui révèle l’amour de Kitty. Il renaît pour un moment à l’espoir. Mais bientôt, il apprend coup sur coup qu’un créancier veut le faire arrêter, qu’un critique l’accuse de plagiat et que le lord-maire lui offre un emploi humiliant de valet. Il boit alors le poison. Kitty, qu’agite un obscur pressentiment, lui arrache le secret de son amour. Il tombe dans les bras du quaker ; et Kitty ne peut lui survivre.

Quaker/Quakeresse – Membre d’un mouvement religieux protestant, la «  Société des Amis  », fondée par George Fox en 1648-1650, qui prêchait le pacifisme, la philanthropie et la simplicité des mœurs.

  1. Le théâtre après le romantisme :

Malgré le succès de quelques drames romantiques, le public semble progressivement préférer le drame bourgeois défini au XVIIIe siècle par Diderot.

a)    la comédie d’intrigue : concentrée autour des situations bouffonnes ou pathétiques ; représentants :

  • Scribe

  • Victorien Sardou

  • Labiche

b)   la comédie de mœurs – fondée sur l’observation tourne à la pièce à thèse, représentant :

  • Émile Augier

  • Alexandre Dumas fils

c)    le théâtre naturaliste 

  • la bataille naturaliste s’est étendue à la scène

  • Zola se prononce pour un théâtre qui « apporte la puissance de la réalité »

  • Beaucoup de roman de Zola, de Goncourt et de Daudet ont été adaptés à la scène en général sans grand succès

  • Représentant le plus illustre : Henri BECQUE – Corbeaux (1882)

d)   le théâtre symboliste : son représentant le plus illustre – Maurice Maeterlinck (1862-1949) – prix Nobel 1911

e)    Pelléas et Mélisande (1892)

L’histoire générale est une histoire d’amour et de jalousie entre trois personnes : MélisandeGolaud et Pelléas. Tout commence dans le château d’Arkël : Geneviève a reçu une lettre de la part de son fils Golaud lui mandant son prompt mariage avec Mélisande, à rebours des vœux de son grand-père. Chose étonnante au théâtre, la rencontre entre Golaud et Mélisande est représentée après la scène évoquée précédemment alors que celle-ci lui est postérieure dans le déroulement des faits. Cette rupture dans la chronologie de la mimèsis sera d’ailleurs supprimée dans le drame lyrique composé par Debussy. Cette rencontre a lieu dans une forêt où Golaud est perdu alors qu’il chassait. Il rencontre Mélisande en pleurs, craintive, timide et envoûtante. Elle dit avoir perdu la couronne qu’un personnage mystérieux lui avait donnée. Golaud l’emmène avec lui dans son château, où se trouve son demi-frère, Pelléas. Avec le temps, Mélisande et Pelléas tomberont amoureux, mais tout n’est que non-dits : ils n’avoueront leur amour qu’à la fin. Cet amour n’est que très virginal, à l’aune du caractère candide des deux jeunes gens. Dans cette pièce, l’amour s’avoue « à voix basse ». La scène des aveux (IV, 4) coïncide avec l’acmé de la passion des deux personnages qui tente de s’exprimer, au sens étymologique : elle tente une sortie de ces deux corps prisonniers des convenances sociales. Cette seule étreinte passionnée est réprimée par Golaud dans le sang de Pelléas. À l’acte V, Mélisande a donné naissance à une fille, mais ce sursaut de vie ne peut atteindre Mélisande, qui se meurt, non de la blessure légère que lui a faite sur son bras Golaud, mais de celle, incurable et incommensurable, que celui-ci a faite sur son cœur et son esprit en tuant Pelléas.