22/02/2025
"Baumgarten" : le dernier roman de Paul Auster
Le roman Baumgarten de Paul Auster, publié quelques mois seulement avant la mort de ce célèbre écrivain américain, constitue l’aboutissement de sa longue carrière littéraire, riche en best-sellers – citons par exemple New York Trilogy ou Moon Palace – qui lui ont permis de s’inscrire durablement parmi les plus grands auteurs de la littérature mondiale de ces quarante dernières années.
L’espace narratif complexe du roman s’organise autour de la mort prématurée de l’épouse du protagoniste éponyme, Anna. Baumgarten compare cet événement tragique à la perte d’un membre, dont l’absence, malgré le passage du temps, reste douloureusement perceptible. Cette métaphore traduit parfaitement le vide émotionnel et la souffrance auxquels le personnage est confronté jusqu’à la fin de son existence. Toutes ses tentatives de combler cette partie irrémédiablement perdue de son « moi » ne sont que des substituts insatisfaisants, incapables de remonter le temps ou de lui permettre de retrouver le goût de la vie.
Seul le souvenir de sa femme disparue lui apporte un semblant de réconfort – Baumgarten vit à travers les moments qu’ils ont partagés et le travail sur les écrits inédits d’Anna. L’arrivée inattendue d’un message d’une jeune doctorante, Beatrix Coen, qui s’intéresse à l’œuvre littéraire d’Anna, insuffle un vent de fraîcheur dans la monotonie de sa vie et l’aide à sortir de son apathie. Cette visite tant attendue marquera-t-elle un nouveau départ pour Baumgarten ?
Si Baumgarten n’égale pas les plus grands romans d’Auster, il reste une lecture captivante, difficile à lâcher. Son atout – mais aussi sa faiblesse – réside dans la narration à multiples niveaux, typique de l’auteur, mais que ce dernier ne parvient pas toujours à maîtriser pleinement cette fois-ci. Contrairement à ses meilleurs ouvrages, ici, certains fils narratifs paraissent superflus, aléatoires, voire inutilement étirés.
En particulier, vers la fin du roman, l’intrigue de Baumgarten partant en Ukraine semble détachée du fil narratif principal. Bien que l’on puisse y voir une signification symbolique, elle reste insuffisamment intégrée dans la structure du livre. Contrairement aux constructions narratives précises et élaborées de ses meilleurs romans, ici, l’on a l’impression qu’Auster insère cet épisode presque arbitrairement, comme une impulsion soudaine. Le manque de connexion claire avec les événements précédents donne à ce passage des allures de réflexion personnelle de l’auteur plutôt que d’un élément organique du récit. Ainsi, bien que Baumgarten demeure une lecture prenante, imprégnée de la mélancolie caractéristique d’Auster, son final manque de cohérence narrative, laissant au lecteur un sentiment d’inachevé.