03/07/2026
"John, fils de John" de Douglas Stuart
Cal Macleod rêvait de textile et d'Édimbourg, mais son père, John, le rappelle sur l'île de Harris pour veiller sur sa grand-mère Ella. Le voilà de retour à la ferme, dans un monde rythmé par les moutons, le métier à tisser et les prières d'une communauté presbytérienne intransigeante. Sous le même toit, trois êtres qui ne se parlent presque pas et que leurs secrets séparent. Douglas Stuart prend un malin plaisir à faire durer le mystère : qui sait quoi, et depuis quand ?
Ce qui frappe d'abord, c'est l'audace du point de départ. On croit lire l'histoire d'un fils qui cache sa vérité à un père sévère, et c'est le père, finalement, qui se débat entre sa foi et un désir qu'on ne lui a jamais permis de vivre. Le renversement est inattendu et donne au roman son élan.
Derrière lui se cache un sujet rarement traité en littérature : la collision entre une religion rigoureuse et l'homosexualité. C'est pourtant là que le livre déçoit. Stuart effleure la question sans oser s'y enfoncer, alors qu'elle aurait dû être le cœur battant du récit et non une toile de fond.
L'histoire, elle, est fascinante. On voit déjà le film : les landes battues par le vent, la ferme isolée, les vérités qui éclatent l'une après l'autre. Mais l'auteur semble s'être tant occupé du fond qu'il en a négligé la forme, et c'est la vraie faiblesse du roman. Le récit avance en ligne droite, les phrases sont correctes sans jamais surprendre, et les personnages manquent d'épaisseur pour porter un tel sujet. Les révélations, faute de chair, résonnent moins fort qu'elles ne le devraient.
On ne peut s'empêcher de mesurer ce livre à ses aînés, et la comparaison lui est cruelle. "John, fils de John" est un bon roman, mais on y cherche en vain la langue et l'émotion qui faisaient la force de ses deux premiers livres, Shuggie Bain en tête.
Reste une lecture qui vaut le détour, pour son idée audacieuse et son histoire prenante. Dommage seulement que l'écriture n'ait pas eu l'ambition de l'idée.