04/01/2026

"Impasse Verlaine" de Dalie Farah: De l’impasse à la liberté

Impasse Verlaine

Impasse Verlaine de Dalie Farah est un livre rare et profondément marquant, qui s’impose d’emblée comme une œuvre exceptionnelle par sa sincérité, sa force émotionnelle et la justesse de son écriture.

Le récit prend la forme d’un Bildungsroman retraçant la vie de la narratrice de sa naissance jusqu’à ses dix-huit ans, moment décisif de la rupture avec le foyer familial. À ce parcours s’entrelace celui de sa mère, Vendredi, ce qui constitue une singularité forte du texte : le roman devient aussi, de manière inattendue, une coming-of-age story maternelle. Vendredi, qui a grandi en Algérie, est marquée à jamais par la mort atroce de son père, tué par torture, un traumatisme qui irrigue silencieusement toute la relation mère-fille. La narratrice est l’enfant de deux immigrés algériens, un ouvrier et une femme de ménage, et grandit dans un environnement fait de violences, de silences et d’injonctions contradictoires.

La force du livre réside dans la franchise absolue de cette confession. Dalie Farah raconte l’enfance battue, le désir brûlant de s’intégrer à la société française, la honte sociale, mais aussi les tensions permanentes entre les attentes familiales et la volonté de ressembler aux camarades français. L’école républicaine y est célébrée comme un espace de salut, un lieu où l’on peut devenir autre chose, peut-être quelqu’un de meilleur, en tout cas quelqu’un de libre. Le titre, Impasse Verlaine, est hautement symbolique : suivre le chemin familial mène à une impasse, et il faut trouver une issue pour se construire, se développer et espérer le bonheur.

Le style est d’une grande beauté. Les phrases sont à la fois rythmées, musicales et profondément incarnées, capables de faire surgir la violence comme la tendresse avec une égale intensité. L’écriture enchante sans jamais esthétiser la souffrance, ce qui rend la lecture d’autant plus bouleversante. J’ai adoré ce livre, qui laisse une empreinte durable et donne le sentiment d’avoir rencontré une voix littéraire authentique, nécessaire et profondément humaine.