Posts tagged ‘Houellebecq’

4 May 2013

“Configuration du dernier rivage“ ou le non poétique de la poésie de Michel Houellebecq

VERSION FRANÇAISELe printemps 2013 marque un double retour dans la vie de l’un des plus célèbres romanciers contemporains, Michel Houellebecq. Après plusieurs années passées à l’étranger, l’auteur des Particules élémentaires, tel son avatar du roman honoré par le prix Goncourt 2010 (La carte et le territoire), quitte la côte sud-est de l’Irlande pour s’installer de nouveau en France. Connu notamment grâce à sa production romanesque, Houellebecq revient en outre à un genre littéraire qu’il avait délaissé quelque peu ces derniers temps : la poésie. Intitulé Configuration du dernier rivage, son dernier recueil de poèmes vient de paraître chez Flammarion.

Composé de cinq parties aux titres bien houellebecquiens (l’étendue grise, week-end prolongé en zone 6, mémoire d’une bite, les parages du vide, plateau), l’ouvrage aborde des thèmes qui depuis toujours obsèdent la création littéraire de l’écrivain : l’amour physique, la solitude, la décrépitude progressive du corps et la mort. De même que les romans de ce prosateur, de même Configuration du dernier rivage dépeint une image affligeante de notre société individualiste, «ce supermarché de corps où l’esprit est à vendre », où « il y a peu qui aiment et très peu qui se donnent », où « nous n’avons plus vraiment l’impression d’être humains »… D’autres motifs chers à Michel Houellebecq reviennent. Parmi eux, l’extrême simplicité de la nature masculine décrite dans un poème à tonalité mi-pornographique : « Les hommes cherchent à se faire sucer la queue/ Autant d’heures dans la journée que possible/ Par autant de jolies filles que possible.// En dehors de cela, ils s’intéressent aux problèmes techniques. » L’insupportable sentiment de vide spécifique de la société post-soixante-huitarde : « Un Adam sans Ève, ce n’est pas grand-chose/Soupirait Adam devant l’émission érotique de TF1./ Il aurait dû se marier, avoir des gosses ou quelque chose ;/ Les chiens ont beau être gentils, un chien reste un chien. » Et, leitmotiv de la réflexion houellebecquienne, le triste caractère de la condition de l’homme irrémédiablement destiné à mourir : « Pendant quelques années encore/En compagnie de mon petit chien […]/Et de l’augmentation régulière des souffrances/En ces années qui précèdent immédiatement la mort. »

Houellebecq_Pawel_Hladki

Cette parenté avec la prose se manifeste de surcroît au niveau stylistique du recueil. Rares sont effectivement les passages imprégnés de lyrisme pur. Si « le Baudelaire  de supermarché »[1] n’évite pas de faire des confessions intimes, il se sert toutefois d’un langage de tous les jours quasiment privé de tournures soutenues. La présence de différentes marques de produits mérite d’être signalée. Loin de tourner le dos à la réalité consumériste, Houellebecq n’hésite  pas à avoir recours à des noms commerciaux – tels que Betadine Scrub, Halcion ou Volvic – pour dépeindre la banalité de son quotidien. Autres éléments stylistiques font preuve du doute dans la possibilité d’une poésie lyrique. Non seulement le poète fait souvent appel au vers blanc, mais ses strophes rimées – où « Calliphora » se combine avec « pas », « filles » avec « brillent » et « skaï » avec « Kookaï » – se caractérisent par une technique peu subtile, voire simpliste. Configuration du dernier rivage met enfin en doute la valeur de la langue française, étant donné que çà et là, un mot, un vers, une strophe entière sont écrits en anglais. Quelles sont les raisons de cette stylistique bien particulière ?

Le non poétique de la poésie houellebecquienne apparaît comme un signe de notre époque où l’aspect pragmatique prévaut tellement sur la dimension esthétique que faire de la poésie dans l’ancien sens du terme semble relever de l’absurde. Dans ce monde postmoderne sans solides références morales et esthétiques, la poésie peut-elle vraiment demeurer lyrique ?

Texte & photo : Pawel Hladki

5 March 2012

Des “Particules élémentaires” de Michel Houellebecq*

Houellebecq ? « C’est un bon auteur, il me semble. C’est agréable à lire, il a une vision assez juste de la société », dixit un des personnages du dernier roman en date de Houellebecq – La Carte et le territoire – depuis peu disponible dans les librairies polonaises.  Voilà qui résume parfaitement l’œuvre de cet auteur !

Probablement le plus connu des romanciers français contemporains, Houellebecq a gagné en popularité grâce à ses romans controversés dont l’histoire d’un personnage pessimiste critiquant sans ambages les mécanismes du monde contemporain, Extension du domaine de la lutte (1994), a ouvert la voie.

Continuation des réflexions sur la hiérarchisation binaire de l’humanité gouvernée par l’argent et la sexualité, le livre suivant inscrira Houellebecq parmi les écrivains les plus importants de notre époque.

Intitulé Les Particules élémentaires (1998), cet ouvrage raconte les péripéties de deux frères que tout oppose – Michel et Bruno. Incapable d’éprouver des sentiments profonds, tel l’amour, le premier se protège contre d’incompréhensibles méandres du psychisme humain à l’abri des recherches scientifiques qui le conduiront bientôt à inventer un nouveau genre d’homme libéré du spectre de la spiritualité et de la sexualité. En proie à des fantasmes sexuels, le second, aux dépens de son travail, de son mariage et de sa propre réputation, désire à tout prix satisfaire sa libido exceptionnellement développée. Ce roman de Houellebecq, dont les phénomènes sociaux suscités par la révolution des mœurs de mai 1968 tissent l’arrière-fond, constitue un traité original sur l’état de la civilisation contemporaine et les plus angoissants problèmes de l’Occident que – selon la vision de l’auteur – seule une démarche extrêmement radicale peut sauver.  L’ensemble revêt un style singulier comptant autant d’adversaires que de partisans – qui marie habilement vulgarisme et pathétique, prose et poésie ; vocabulaire scientifique et langage familier. L’œuvre houellebecquienne semble être une lecture obligatoire pour tout amateur de littérature extrême-contemporaine française et même mondiale.

Texte : Pawel Hladki

Photo :

* Le présent texte constitue une libre  traduction de l’article ci-contre adressé à des lecteurs polonophones.

17 February 2012

O “Cząstkach elementarnych” Michela Houellebecqa.

Houellebecq [czytaj: łelbek]? „Zdaje się, że to dobry autor. Jest przyjemny w czytaniu i ma całkiem słuszną wizję społeczeństwa.” Tymi słowami podsumowuje twórczość Houllebecqa jedna z jego powieściowych postaci w najnowszej książce autora zatytułowanej „Mapa i terytorium”, od niedawna dostępnej na polskim rynku wydawniczym.

Ten bodajże najbardziej znany żyjący francuski autor popularność zdobył za sprawą swoich kontrowersyjnych powieści, którym drogę otworzyła historia skrajnie pesymistycznego bohatera, bez ogródek krytykującego mechanizmy współczesnego świata, zatytułowana „Poszerzenie pola walki”. Przedstawioną tu tezę o binarnej hierarchizacji ludzkości, rządzonej przez seksualność i pieniądz, kontynuować będzie kolejna książka pisarza na trwałe wpisująca go w poczet najbardziej wpływowych współczesnych twórców – Cząstki elementarne (1998).

Fabuła powieści opowiada losy dwóch diametralnie różnych braci – Michela i Bruno. Pierwszy, niezdolny do głębszych uczuć czy miłości, przed niezrozumiałymi meandrami ludzkiej psychiki chroni się w naukowych eksperymentach, które doprowadzą do wynalazku nowego gatunku człowieka uwolnionego od zmory duchowości i seksualności. Drugi obłędnie owładnięty seksualnymi fantazjami, za cenę zezwierzęcenia, rozpadu swojego małżeństwa, utraty pracy i własnej reputacji, niestrudzenie dąży do zaspokojenia nadzwyczaj rozwiniętego libido.

Rozgrywającą się na tle społecznych procesów ewolucyjnych, zapoczątkowanych obyczajową rewolucją z maja 1968 roku, powieść Houellebecqa jest oryginalną rozprawą o stanie współczesnej cywilizacji i najbardziej frasobliwych bolączkach Zachodu, który – wedle wizji autora – uratować może jedynie skrajnie radykalne posunięcie. Całość opatrzona niepowtarzalnym stylem – liczącym sobie nota bene tyleż samo zwolenników co przeciwników – zestawiającym ze sobą wulgaryzmy i patetyczność, prozę z poezją, wyszukane słownictwo naukowe z potocznym, stanowi o oryginalności Houellebecqowskiego dzieła, które zdaje się być pozycją obowiązkową dla każdego amatora najnowszej literatury nie tylko francuskiej ale i powszechnej.

Tekst : Paweł Hładki Rysunek : Agata ‘Asabolt’ Sierzchuła